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A force de l’écrire en gros et en gras partout, les médias occidentaux auront peut-être leur guerre civile en Ukraine. Pour tout militant révolutionnaire et continentaliste soucieux des leçons de l’histoire, il est déjà clair que la « crise » ukrainienne n’est qu’une bataille de plus dans la grande guerre qui se joue actuellement pour le destin de notre avenir collectif. Dans ce combat, les insultes ou les généralisations caricaturales ne peuvent que desservir nos propos. Pourquoi exagérer lorsque les faits et l’histoire nous donnent déjà raison ?


Idéalisme et réalité


Comme prévu, la « Troisième Voie » n’a jamais existé dans le réel. La révolution populaire de Maïdan, qui partait d’une contestation légitime (dégager le mafieux Ianoukovitch) a été subvertie très rapidement par toute la clique orangiste (pro-UE) qui s’y préparait depuis longtemps. Tous les chapitres de cette pièce bien connue se sont déroulés comme au théâtre : les drapeaux européens, la romance des barricades, les snipers, Bernard-Henri-Lévy, les méchants « titushkis » (en Syrie, c’étaient « les shabihas ») et finalement la fuite du président déchu et le gouvernement de transition composé de ronds-de-cuirs occidentalisés et présélectionnés. Iatseniouk prônant « l’Open Society » (société ouverte) chère à l’activiste orangiste et milliardaire américain George Soros. La formation d’une « garde nationale » et ses uniformes américains, comme en Libye. La stigmatisation des éléments réellement révolutionnaires du Maïdan (« les extrémistes ») et la « nuit des longs couteaux » (assassinat de Shashko Biliy par la police du nouveau régime). Focalisation de la colère vers la « menace russe » extérieure. L’appel de solidarité aux nationalistes d’Europe, pour rejouer encore une fois le Front de l’Est, la Croatie ou la Géorgie face aux « russo-bolcheviks ». La formation d’une brigade de volontaires internationaux (par Gaston Besson, vétéran de Croatie et de Birmanie). Tout s’est passé comme nous l’avions prévu, au détail près.


La normalisation mondialiste est déjà à l'œuvre en Ukraine. L’Union Européenne ne s’est pas fait prier, puisqu’elle a déjà appelé à la hausse du prix du gaz pour les particuliers, à la baisse des salaires qui frappe déjà les mineurs du Kherson et a annoncé que la négociation n’était pas possible à propos de l'autorisation d'une future Gay-Pride. A prendre ou à laisser. Le nouveau gouvernement est composé de ses sbires les plus prédestinés, comme tous les « gouvernements de transition démocratique » mis en place par ou pour l’Occident.


Quant à Secteur Droit, qui n’a toujours pas clarifié ses relations avec l’oligarque juif Igor Kolomoïsky, (surnommé « le juif brun » pour sa proximité de longue date avec les mouvements d’extrême-droite) n’hésite pas à évoquer une « possible » alliance avec l’OTAN. Le mouvement paramilitaire qui représentait chez les idéalistes, le dernier espoir de « terminer la révolution », s’est présenté aux élections et ses dirigeants en treillis se font photographier par la presse, nettoyant les graffitis antisémites sur les murs des synagogues, histoire de montrer qu’après tout, ils ne sont pas nazis, mais présentables et compatibles avec les valeurs progressistes de leurs futurs créanciers Bruxellois ou New-Yorkais.


Evidemment, il faut garder à l’esprit que sur le terrain, la situation est bien complexe. La majorité du peuple ukrainien n’aspire qu’au rétablissement d’un ordre prospère et d’une certaine dignité culturelle, sans savoir vraiment qui suivre. Bien sûr, la majorité des militants de Praviy Sector ne sont pas des « agents sionistes » et ne sont pas payés par la CIA, mais plutôt des nationalistes classiques : très bons sur le terrain, politiquement amateurs, et finalement, dindons de la farce. Il nous faut relativiser sur Praviy Sector et ces « nationalistes ukrainiens » qui enthousiasment tant leurs camarades français. En Ukraine, ils ne constituent plus une force politique capable d’influer le réel ni d’imposer des idées. Ils sont donc éliminés du plateau de jeu.


Au passage, tirons tout de même pour la France les leçons de Maïdan : une force structurée et violente, en procédant à l’occupation d’un endroit public peut créer une bulle temporelle, une situation et donc, si elle est assez résolue, faire basculer les rapports de force. Elle peut même rentrer dans la légende en rependant une mystique romantique (et se faisant photographier copieusement par des pros de l’AFP). Toutefois, si par amateurisme politique, naïveté, manque de volonté ou manque de réactivité, elle ne s’impose pas à la tête décisionnelle du changement, elle n’en récoltera pas les fruits, sera coiffée au poteau et loupera le train de l’histoire. Il se serait passé la même chose à Paris si les jeunes nationalistes énervés de la Manif Pour Tous avaient réussi à faire démissionner Hollande. Au lieu du retour du Roi, ils auraient eu Copé… Ainsi, sans perspective politique forte et vivante autre qu’une simple réaction, sans feuille de route et sans réflexion politique (et militaire), toute révolte ne devient pas révolution.
« Pas de chèques en blanc à Poutine »


C’est ici que l’Eurasisme rentre en jeu. Nombreux sommes-nous à avoir constaté que la « nouvelle résistance» française, aujourd’hui, a besoin de méthodologie efficace, de discipline, de structuration et d’intelligence politique pour réussir à constituer une alternative populaire et sérieuse au régime français actuel. Les différends doctrinaux ne nous intéressent pas ici. Force est de constater que le savoir-faire politique a été largement perdu depuis les années 1960-1970. La routine des réunions de cellules, des motions, des tours de paroles et des coordinations nous vient du syndicalisme révolutionnaire et porte autant la marque de Sorel et de Proudhon que celle de Valois. A nous de renouer avec ces méthodes qui ont fait leurs preuves, sinon, inutile d’attendre le moindre résultat.


Quant à l’Eurasisme, il n’a pas vocation à se substituer à la politique locale ou nationale, ni à devenir une abstraction insaisissable réservée aux intellectuels « du haut des cimes ». L’Eurasisme a vocation à donner un sens historique et une portée internationale à la coordination des révoltes (de droite ou de gauche) qui couvent en Europe de l’Ouest et donc en France. L’Eurasisme fournit non seulement un langage politique commun à cette coordination internationale, mais aussi une mystique capable de tenir tête au messianisme mondialiste. L’Eurasisme a des utilités concrètes, il s’adresse à la réalité, et c’est cela que ses détracteurs n’ont pas compris.


Revenons à l’Ukraine. Choisir son camp ne signifie pas faire des « chèques en blanc » à Poutine. Ceux qui, comme moi, choisissent le parti de la Russie, savent pourquoi. Nous ne nous faisons pas d’illusions. Poutine et son gouvernement protègent avant tout les intérêts russes et ne comptent pas les sacrifier sur l’autel d’une quelconque révolution mondiale contre les banques, idée ridicule. Notre soutien à la Russie n’est pas dû aux « gros muscles de Poutine chassant à cheval torse-nu », comme le sous-entendent nos détracteurs. La Russie n’est pas un «super-héros antisioniste ». La Russie n’est plus un pays communiste, ni même socialiste, mais une puissance régionale (ré) émergente et libérale-conservatrice. En cela, elle suit une dynamique politique qui lui est propre. Mais cette dynamique politique se trouve coïncider avec les intérêts (immédiats ou à long terme) des « dissidents » français, et de nombreux mouvements d’opposition en Occident.
L’intérêt des révolutionnaires français, c’est la mort de l’UE, de l’OTAN et du mode de vie occidental. Il faut prendre en compte l’effet d’inertie de toute politique. Si Poutine maintient la ligne qui est la sienne concernant le réveil spirituel russe, le traditionalisme, la diplomatie « de fidélité », le soutien de ses alliés contre les agressions extérieures, ne serait-ce que par pur pragmatisme, ces mesures auront (et ont déjà) un impact indéniable sur la culture mondiale (non seulement du fait de la taille ou de l’importance de la Russie, mais surtout du fait de la manière dont elle est perçue et représentée dans les mentalités collectives). La Russie s’est lancée dans la course pour rattraper son retard en matière de soft-power et de guerre « de 4èmegénération » (médias, opinion publique, domination culturelle, etc.). Depuis la chute du communisme, l’Occident semblait être le seul à proposer un « projet » au monde. Projet réel (l’ouverture démocratique et libérale) puisque soutenu et prêché par une puissance concrète (militaire et économique). Aujourd’hui, ce projet occidental bat de l’aile et sa puissance concrète est en recul. Pour autant, face à lui, les « non-alignés », BRICS ou Rogue States, ont longtemps manqué de projets, d’idéaux ou de mystique à lui opposer.


Même si la Russie actuelle est loin de cadrer au projet eurasiste, elle s’en fait le véhicule. Eurasisme mis à part, la conception russe (ou chinoise) du capitalisme reste articulée à un schéma classique basé sur le marché des biens. Mais ces pays continentaux sont centrés sur eux-mêmes. Ils ne cherchent pas à exporter leur mode de vie ni à évangéliser le monde et encore moins à remodeler anthropologiquement l’humanité, pas plus qu’ils ne cherchent sciemment à détruire toute réalité culturelle, ethnique, religieuse existante (même s’ils n’hésitent pas à occuper ou dominer une nation de « leur étranger proche » dans un but stratégique et économique fonctionnel). On ne peut pas les renvoyer dos-à-dos à l’Occident, comme s’il s’agissait de deux impérialismes qui se valaient.
Enfin, la Russie dispose de quelque chose qui dépasse les abstractions romantiques dont certains des camarades français sont friands. Contrairement à « la troisième voie » micro-nationaliste qui dans les faits n’existe pas, la Russie dispose d’avions, de missiles, de chars, de soldats, de stocks d’armes… Elle a commencé à répliquer auxtechniquesde subversion occidentale en utilisant (comme au Judo), la force de son adversaire. C’est ainsi que s’est faite la sécession de la Crimée et bientôt celle du Donbass. C’est ainsi que se jouera peut- être demain la libération des peuples d’Europe, point de rencontre entre les révoltes populaires incessantes dans l’Ouest, et la volonté prévisible de la Russie (ou de tout autre « non-aligné ») de rendre la monnaie de sa pièce à l’OTAN, lui retournant ses propres techniques de déstabilisation et autres fruits de la doctrine Gene Sharp. Pour ces raisons et pour bien d’autres encore, nous avons choisi notre camp. Maintenant, il convient de mettre ce soutien en application.


Pour un Eurasisme militant et français


« L’ingérence » dans le Sud-Est Ukrainien, historiquement lié à la Russie, nous paraît naturel comme réponse à l’agression occidentale (qui n’a déboulonné Ianoukovitch qu’à partir du moment où ce dernier se tournait vers l’Est). Le bassin industriel du Kherson est stratégique, il n’est pas question que l’OTAN se l’approprie. Cette « ingérence » russe n’est pas plus choquante à nos yeux que si, dans une hypothèse fictive, la France envoyait des troupes en Belgique pour annexer la Wallonie suite à un putsch flamand anti-français et soutenu par l’Allemagne… Notre soutien va aux mineurs du Kherson, aux drapeaux noirs-bleu-rouges, et à la résistance (armée ou non) à l’UE. Le lien entre toutes ces luttes, c’est la croix fléchée d’or sur fond noir, symbolisant la lumière centrale de notre continent, peuplé par les descendants des tribus nomades indo-européennes surgies des steppes de l’Eurasie.


En France, l’Eurasisme est encore trop souvent confiné aux milieux les plus intellectuels de l’opposition. Il est encore trop souvent perçu soit comme une pure esthétique, soit comme un projet étranger incompatible avec toute idée française. Pourtant, nous assistons lentement et surement, à une évolution autant qu’à une mutation du public touché. Par exemple, le tout jeune réseau Unité Continentale, première formation française à la fois ouvertement Eurasiste et tournée vers l’activisme, est formé sur une base militante majoritairement prolétaire et populaire, jeune et aventureuse, peu amatrice d’abstractions insaisissables. Elle s’est illustrée par des collages massifs en faveur de Vorislav Seselj, prisonnier politique Serbe de l’OTAN, par des actions coup-de-poing (crémation de drapeaux américains et bruxellois sur la place du Trocadéro) ou encore par sa présence dans différentes manifestations en soutien à la Russie, à la Jamahiriya Libyenne ou à la République Arabe Syrienne. L’Eurasisme français, en plus de disposer d’une base activiste déterminée et organisée, doit être capable de former des cadres politiques qui par la suite essaimeront dans des mouvements d’idéologies, de rôles et de publics variés : au-delà de la gauche et la droite, mais contre le centre. L’Eurasisme n’a pas vocation à former des sectes, mais à se nourrir de tout ce qu’il peut intégrer à son combat global.

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