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Méchant et jamais content (Amoyquechault)

Le plus surprenant avec le libéral est le fait qu'il ne soit pas davantage amène et joyeux, pas plus souriant, rieur, léger et accorte. Alors que sa vision du monde triomphe partout, que le matérialisme, le productivisme et le consumérisme sont la nouvelle Sainte Trinité, que, dans tout l'Occident, on détricote le droit du travail pour y imposer davantage de flexibilité, que la Culture finit de s'effacer devant le Capital, il devrait, en toute logique, nager dans un océan de bonheur et de félicité. Or il n'en est rien. Pourtant, autour de lui, de la télévision aux magazines en passant par l'ensemble des "experts" et des corps constitués, tout le monde véhicule ses valeurs et ses goûts, relaie son appétence pour le confort et l'accumulation, pour la croissance et le calcul d'intérêts, pour le pragmatisme et l'égoïsme individualiste... Même l'odieux Parti Socialiste étend désormais le travail du dimanche et renonce à encadrer les salaires des grands patrons! Mais le libéral n'est toujours pas content, nullement satisfait, il râle, il vitupère, il répand sa bile. Bon bien sûr, il lui arrive encore de croiser quelques fonctionnaires, quelques professeurs smicards, quels poètes non rentables, quelques vilains fascistes (pédés, drogués et impuissants comme il se doit )... mais ces parasites résiduels seront bientôt tous éliminés ou reconvertis dans l'utilitarisme entrepreunarial, ils ne représenteront bientôt plus qu'un mauvais souvenir... Alors, franchement, pas de quoi se gâcher une partie de golf ou un dîner au Rotary! Pas de quoi perdre de son temps si précieux ( car le libéral, lui, a un job intense, productif, utile, et super accaparant... et quand il ne bosse pas il baise ses innombrables - et magnifiques - maîtresses...) à déverser de façon incontinente et compulsive son mépris et sa haine sur les imbéciles, les minables et les aigris qui ne se réjouissent pas suffisamment bruyamment de son triomphe. A quoi bon aboyer ainsi sur des pauvres hères qu'il devrait plutôt plaindre - puisqu'ils ne sont pas clairvoyants et bienheureux comme lui -, qui ne menacent ni ses prébendes ni sa tranquillité, qui sont sortis de l'histoire, dépouillés, moqués, dépressifs, alcooliques, laissés pour compte du paradis terrestre que lui et les siens ont bâti et dirigent avec tant de force, d'habilité et de modestie humaniste? Pourquoi se laisser ainsi troubler et agacer par ces piteuses reliques d'un passé odieux et non-optimisé au lieu de se consacrer tout entier aux exquises agapes offertes par son brillant et dominant milieu? Tant de mots inutiles, tant de diatribes vaines, perdues dans l'immensité virtuelle, tant de monologues autistes et de plaidoyers postillonnant pour une cause déjà entendue... Devant de telles vaines logorrhées, on en viendrait presque à douter de la consistance de toute cette morgue volubile et de la solidité de ces litanies péroreuses...

Mais sans doute est-ce là simplement une autre marque de l'époque: même les vainqueurs sont sinistres, pitoyables et névrosés.

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